Le déclin de l’empire félin

On connaît la facilité de Denys Arcand à filmer des personnages et à rentrer dans leur intimité. Mais laissez moi vous dire que ça aurait sans doute été une autre histoire, s’il avait du filmer…des chats! Oui oui, des chats!

 

Je suis en cinéma moi aussi, et raconter des histoires avec des images me passionne. Mais quand on m’est arrivé avec cette idée un peu folle de participer à une web-série avec des chats, j’ai figé! Au cinéma, il y a une règle d’or. Si vous voulez multiplier les chances que votre tournage se passe bien, ÉVITEZ au maximum deux choses fondamentales : les enfants et les ANIMAUX.

 

Mais bon, qu’à cela ne tienne, je me suis dit allez, t’es capable! C’est un beau défi après tout, pis surtout c’est pour une bonne cause. Plein de confiance et de bonne volonté, j’accepte donc le mandat : filmer une 30aine de chats dans le plus grand refuge à Montréal, leur inventer des histoires, et les faire participer à des épreuves.

 

Un début difficile… 

 

Le premier jour de tournage, je me suis vite rendu compte que la fameuse règle d’or n’est pas faite pour les chiens…mais plutôt pour les chats. Néophite que j’étais dans l’univers des refuges, je me suis vite rendu compte que chaque déplacement impliquait son lot de complications. Avec 120 chats aux alentours, autant dire qu’installer un trepied demande beaucoup de précautions.

 

Tout doit être calculé, mesuré, anticipé! Sans oublier que le refuge est fait de manière à ce que les chats qui ont des maladie ou des allergies sont dans des pièces séparées. Et pour passer d’une pièce à une autre avec les mains chargées de stock…WATCH OUT! Tout d’abord, il faut faire attention à ce que les chats ne se fassent pas la belle quand on ouvre la porte, ensuite il faut se désinfecter les mains et les chaussures à chaque fois. Bref, un plaisir sans cesse renouvelé.

 

Bien que ce protocole – un peu fastidieux au demeurant – demande de la patience, la vrai épreuve réside dans la prise d’image des chats eux-mêmes. Et c’est là que ça se corse. Oubliez tout ce que vous avez appris. Oubliez que la terre est ronde, vous entrez dans un univers d’incertitude la plus totale!

 

Filmer un chat, c’est comme frapper le mur de Plank à 200km/h avec une trottinette. On n’en sort pas indemne. Les premiers jours de tournage ont été, comment dirais-je, INTENSES.

 

Au début, on essaie de suivre le chat avec son objectif. WRONG. On se retrouve vite avec du footage que même le stabilisateur le plus perfectionné n’y pourrait rien. Un chat, tout adorable qu’il soit, est un être qui n’en fait qu’à sa tête. On a beau l’appeler, essayer de l’amadouer avec des croquettes, lui lancer des tss-tss, des minous-minous, s’il a pas envie, il a pas envie. Il y a aussi les chats qui se sauvent.

 

Des stars qui n’en font qu’à leur tête 

 

Je me rappelle de Chocolat, un adorable chat mais très camera-shy. Chaque fois que j’entrais dans la pièce avec ma caméra, Chocolat empressait de grimper au plafond pour se cacher. FAIL!

 

À l’inverse, il y a les chats qui adorent la caméra. Tellement que tout est installé, les lumières sont allumées, je suis à quatre pattes pour essayer de prendre quelques beauty shots de Gaby. Mais voilà, Gaby a décidé que frotter son museau sur l’objectif serait son activité du moment. On a beau la replacer, lui jeter des croquettes pour l’éloigner, rien à faire. C’est l’objectif ou c’est rien.

 

Enfin ! 

 

Finalement au bout de quelques expériences ratées, où je me disais que peut-être qu’il faudrait que je pense à changer de métier, bim le déclic! Au lieu d’essayer de tout capturer, je me suis mis en mode patience.

 

Laisser le chat venir à la caméra, et non l’inverse. Cet état d’esprit a tout changé. Je me suis mis à en apprendre sur chaque chat que je devais filmer. Son caractère, ses moments de sieste, ses craintes, ses jeux préférés. Cela a complètement changé mon approche.

 

Aussi, je me suis aidé un peu en shootant au ralenti (j’aurais du y penser avant). ENFIN, j’avais trouvé la clé qui m’a permis de réaliser des shots dont je suis très fier aujourd’hui, malgré le peu de moyens et les conditions un peu particulières du plateau de tournage.

 

Régis Coussot