L'histoire de Wapi

D’aussi loin que je me souvienne, Wapi a toujours été au refuge. Ce chat plutôt discret m’a rapidement séduit par ses petits côtés excentriques.

D’abord, c’est un très grand chat et quand il se couche, c’est toujours dans des positions étranges qui ont le don de faire rire les humains. Comme s’il était trop grand pour se coucher normalement où que ce soit. Et puis, il est drôlement fait. Il a un corps en forme de poire : une minuscule tête sur un très grand corps terminé par des fesses surdimensionnées qui se dandinent quand il marche. On va se dire les vraies affaires : Wapi a un gros cul !

C’est un chat plutôt discret parce qu’il n’apprécie pas la présence de tous ces chats autour de lui au refuge. Wapi ne vient vous voir que dans les moments de calme où il est certain de trouver un humain lui étant exclusivement dédié et dans ces moments, c’est une orgie de ronrons et d’intenses petits coups de têtes félins qui ne s’interrompent d’ordinaire que lorsqu’un autre chat se pointe pour voler la vedette.

Wapi s’enfuyait alors, non sans avoir grondé et asséné quelques coups de patte. On sentait que la présence des autres chats le faisait vraiment souffrir.
Peut-être vous demandez-vous pourquoi un chat si gentil et exceptionnel était encore au refuge après tant d’années ? Et bien premièrement, il est vieux. Wapi a 12 ans. Mais surtout, il souffre de diabète et personne ne veut adopter un matou vieux et diabétique. Ça coûte cher, un chat diabétique et c’est exigeant.

 

Je l’avoue, c’est aussi ce qui m’a retenu si longtemps de prendre Wapi en famille d’accueil. C’est plutôt contraignant, l’administration d’insuline à heures fixes et la gestion de tous les petits problèmes de santé qui découlent du diabète. Mais un jour, je me suis décidé…

Le pauvre Wapi devait penser que nous allions chez le vétérinaire parce que le jour où je l’ai emmené chez moi, il s’est débattu comme un diable dans l’eau bénite pour ne pas entrer dans le transporteur ! Une fois rendu, il a rapidement fait le tour de l’appartement, comme pour vérifier qu’il était le seul félin de la place et constatant que oui, son visage s’est détendu. On aurait dit qu’il souriait.

En 45 minutes, Wapi avait exploré tout son nouveau territoire, mangé, bu, utilisé sa litière et s’était laissé brossé partout (même sur le bedon!) en ronronnant. Pas la moindre trace de stress ! Il a passé la soirée avachi sur le divan comme lui seul sait le faire, affichant l’air satisfait d’un roi qui contemple une contrée récemment conquise.

Au moment d’aller dormir, sans aucune hésitation, il a bondi sur le lit et soulevant la couverture d’une patte, il est entré sous les draps pour se blottir contre moi. On sentait la longue expérience dans le geste de la patte qui soulève les draps et à ce moment, mon cœur était partagé entre le bonheur de la satisfaction d’avoir donné à ce chat une vraie maison pour la fin de ses jours et la culpabilité d’avoir attendu si longtemps avant de le faire…
Wapi avait une bouche horrible qui le faisait souffrir. Le pauvre faisait peine à voir : mangeant d’un seul côté de la bouche, rapidement, comme pour expédier une tâche vachement désagréable mais indispensable à sa survie. Malheureusement, son diabète difficilement contrôlé au refuge contre-indiquait toute chirurgie.

Mais en quelques semaines à la maison, sa glycémie s’était suffisamment stabilisée pour lui permettre de subir l’intervention. Il est indéniablement plus confortable maintenant !

Wapi est un vieux compagnon extraordinaire. Évidemment, à son âge, il ne fait pas grand chose de son temps. Mais il est toujours à la porte pour m’accueillir de ses miaous joyeux quand je rentre, toujours couché sur moi quand j’écoute la télé ou suis devant l’ordi. Sa présence paisible a le don de me réconforter au quotidien.

Récemment, le vétérinaire m’a annoncé que les reins de Wapi commençaient à moins bien fonctionner. Je m’y attendais. Je savais que Wapi n’avait pas la santé pour être dans ma vie pendant des années, mais ça m’a tout de même causé un choc. C’est que je l’aime, ce vieux matou sucré, même s’il n’est pas à moi !

Dans un futur pas si lointain, Wapi ne sera plus. Et si ça me fait beaucoup de peine, je me réjouis à l’idée qu’il finisse tranquillement ses jours dans une maison où il reçoit toute l’attention qu’il mérite plutôt qu’au refuge où il n’était qu’un vieux chat diabétique dont personne ne voulait parmi 150 autres.

Être famille d’accueil pour un chat âgé, malade ou en fin de vie, c’est offrir un cadeau d’une valeur inestimable à un animal. Une expérience valorisante et enrichissante que tout amateur de chat devrait tenter une fois dans sa vie. Parce que des vieux chats abandonnés, c’est pas ça qui manque malheureusement…

 

 

Etienne Gervais